Petits Poèmes en prose
Charles Baudelaire
Petits poëmes en prose.
IV. Petits Poèmes en prose, Les Paradis artificiels
Œuvres complètes de Charles Baudelaire, Michel Lévy Frères., 1869.
Texte sur une seule page
Petits poëmes en prose.
À Arsène Houssaye
I.
L’Étranger
Le Désespoir de la vieille
Le Confiteor de l’artiste
Un Plaisant
11
V.
La Chambre double
12
Chacun sa chimère
16
Le Fou et la Vénus
18
Le Chien et le Flacon
20
Le Mauvais Vitrier
21
X.
À une heure du matin
25
La Femme sauvage et la Petite-Maîtresse
28
Les Foules
31
Les Veuves
33
Le Vieux Saltimbanque
38
Le Gâteau
42
L’Horloge
45
Un Hémisphère dans une chevelure
47
L’Invitation au voyage
49
Le Joujou du pauvre
53
Les Dons des fées
55
Les Tentations, ou Éros, Plutus et la Gloire
59
Le Crépuscule du soir
64
La Solitude
67
Les Projets
69
La Belle Dorothée
72
Les Yeux des Pauvres
75
Une Mort héroïque
78
La Fausse Monnaie
84
Le Joueur généreux
87
La Corde. — À Édouard Manet
92
Les Vocations
98
Le Thyrse. — À Franz Liszt
104
Enivrez-vous
106
Déjà !
107
Les Fenêtres
109
Le Désir de peindre
111
Les Bienfaits de la lune
113
Laquelle est la vraie ?
115
Un Cheval de race
117
Le Miroir
119
Le Port
120
Portraits de maîtresses
121
Le galant Tireur
128
La Soupe et les Nuages
130
Le Tir et le Cimetière
131
Perte d’auréole
133
Mademoiselle Bistouri
135
Anywhere out of the world. — N’importe où hors du monde
140
Assommons les pauvres
142
L.
Les Bons Chiens. — À M. Joseph Stevens
146
Épilogue
151
Texte entier
Charles Baudelaire : Petits Poëmes en prose (Édition de 1869)
PETITS
POËMES EN PROSE
Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture ; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d’une intrigue superflue. Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part. Dans l’espérance que quelques-uns de ces tronçons seront assez vivants pour vous plaire et vous amuser, j’ose vous dédier le serpent tout entier.
J’ai une petite confession à vous faire. C’est en
feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit, d’Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n’a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux ?) que l’idée m’est venue de tenter quelque chose d’analogue, et d’appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d’une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu’il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque.