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Une saison en enfer — A Season in Hell (French original)

by Arthur Rimbaud · 1854–1891
French original · France · free to read in ITIPS BookLab

Prix: Un Franc

37, rue aux Choux, 37

1873

* * * * *

«Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient
tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux.--Et je l'ai trouvée
amère.--Et je l'ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon
trésor a été confié!

Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance
humaine. Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la
bête féroce.

J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs
fusils. J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, le sang.
Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis
séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie.

Et le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot.

Or, tout dernièrement m'étant trouvé sur le point de faire le dernier
_couac!_ j'ai songé à rechercher le clef du festin ancien, où je
reprendrais peut-être appétit.

La charité est cette clef.--Cette inspiration prouve que j'ai rêvé!

«Tu resteras hyène, etc...,» se récrie le démon qui me couronna de si
aimables pavots. «Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme
et tous les péchés capitaux.»

Ah! j'en ai trop pris:--Mais, cher Satan, je vous en conjure, une
prunelle moins irritée! et en attendant les quelques petites lâchetés
en retard, vous qui aimez dans l'écrivain l'absence des facultés
descriptives ou instructives, je vous détache ces quelques hideux
feuillets de mon carnet de damné.

J'ai de mes ancêtres gaulois l'œil bleu blanc, la cervelle étroite, et
la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare
que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure.

Les Gaulois étaient les écorcheurs de bêtes, les brûleurs d'herbes les
plus ineptes de leur temps.

D'eux, j'ai: l'idolâtrie et l'amour du sacrilège;--oh! tous les
vices, colère, luxure,--magnifique, la luxure;--surtout
mensonge et paresse.

J'ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans,
ignobles. La main à plume vaut la main à charrue.--Quel siècle à
mains!--Je n'aurai jamais ma main. Après, la domesticité même trop
loin. L'honnêteté de la mendicité me navre. Les criminels dégoûtent
comme des châtrés: moi, je suis intact, et ça m'est égal.

Mais! qui a fait ma langue perfide tellement, qu'elle ait guidé et
sauvegardé jusqu'ici ma paresse? Sans me servir pour vivre même de
mon corps, et plus oisif que le crapaud, j'ai vécu partout. Pas une
famille d'Europe que je ne connaisse.--J'entends des familles
comme la mienne, qui tiennent tout de la déclaration des Droits de
l'Homme.--J'ai connu chaque fils de famille!

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