Au lecteur
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DE
DE
ILLUSTRÉES DE GRAVURES A L'EAU-FORTE
D'APRÈS LES DESSINS DE
FRANÇOIS FLAMENG
[Illustration]
PARIS
ÉDITION HETZEL-QUANTIN
LIBRAIRIE A. HOUSSIAUX
FRANÇIS GUILLOT, SUCCESSEUR
7, RUE PERRONET, 7
Livre, qu'un vent t'emporte
En France, où je suis né!
L'arbre déraciné
Donne sa feuille morte.
Hauteville-House. Septembre 1857.
Les personnes qui voudront bien jeter un coup d'œil sur ce livre ne
s'en feraient pas une idée précise, si elles y voyaient autre chose
qu'un commencement.
Ce livre est-il donc un fragment? Non. Il existe à part. Il a, comme on
le verra, son exposition, son milieu et sa fin.
Mais, en même temps, il est, pour ainsi dire, la première page d'un
autre livre.
Un commencement peut-il être un tout? Sans doute. Un péristyle est un
édifice.
L'arbre, commencement de la forêt, est un tout. Il appartient à la vie
isolée, par la racine, et à la vie en commun, par la séve. A lui seul,
il ne prouve que l'arbre, mais il annonce la forêt.
Ce livre, s'il n'y avait pas quelque affectation dans des comparaisons
de cette nature, aurait, lui aussi, ce double caractère. Il existe
solitairement et forme un tout; il existe solidairement et fait partie
d'un ensemble.
Cet ensemble, que sera-t-il?
Exprimer l'humanité dans une espèce d'œuvre cyclique; la peindre
successivement et simultanément sous tous ses aspects, histoire, fable,
philosophie, religion, science, lesquels se résument en un seul et
immense mouvement d'ascension vers la lumière; faire apparaître, dans
une sorte de miroir sombre et clair--que l'interruption naturelle des
travaux terrestres brisera probablement avant qu'il ait la dimension
rêvée par l'auteur--cette grande figure une et multiple, lugubre et
rayonnante, fatale et sacrée, l'Homme; voilà de quelle pensée, de
quelle ambition, si l'on veut, est sortie _la Légende des siècles_.
Le volume qu'on va lire n'en contient que la première partie, la
première série, comme dit le titre.
Les poëmes qui composent ce volume ne sont donc autre chose que des
empreintes successives du profil humain, de date en date, depuis Ève,
mère des hommes, jusqu'à la Révolution, mère des peuples; empreintes
prises, tantôt sur la barbarie, tantôt sur la civilisation, presque
toujours sur le vif de l'histoire; empreintes moulées sur le masque des
siècles.
Quand d'autres volumes se seront joints à celui-ci, de façon à rendre
l'œuvre un peu moins incomplète, cette série d'empreintes, vaguement
disposées dans un certain ordre chronologique, pourra former une sorte
de galerie de la médaille humaine.