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Jacques the Fatalist and His Master (French original)

by Denis Diderot · 1713–1784
French original · France · free to read in ITIPS BookLab

Notes de transcription: Pour une plus grande cohérence de l'ouvrage, les
majuscules ont été accentuées. Le nom de l'auteur a été ajouté dans la
première page de présentation.

JACQUES LE FATALISTE
ET
SON MAÎTRE

Denis DIDEROT

(Écrit en 1773--Publié en 1796)

Comme _le Neveu de Rameau_, _Jacques le Fataliste_ fut connu en
Allemagne avant de l'être en France. Schiller en avait traduit, en 1785,
l'épisode de Mme de La Pommeraye, sous ce titre: _Vengeance de femme_,
pour le journal _Thalie_[1]. Il en tenait la copie de M. de Dalberg. Il
parut, en 1792, une traduction du roman sous ce titre: _Jacob und sein
Herr_ (Jacques et son Maître), par Mylius. Le traducteur disait:
«_Jacques le Fataliste_ est une des pièces les plus précieuses de la
succession littéraire non imprimée de Diderot. Ce petit roman sera
difficilement publié dans la langue de l'auteur. Il en existe bien une
vingtaine de copies en Allemagne, mais comme en dépôt. Elles doivent
être conservées secrètement et n'être jamais mises au jour. Une de ces
copies a été communiquée au traducteur, sous la promesse solennelle de
ne pas confier le texte français à la presse[2].»

[1] Cette traduction fut retraduite en français sous ce titre: _Exemple
singulier de la vengeance d'une femme_, conte moral, ouvrage posthume de
Diderot. Londre (_sic_) 1793, in-18 de 99 pages, y compris le titre;
avec un avertissement.

[2] ROSENKRANZ, _Diderot's Leben und Werke_, t. II, p. 316.

Deux ans plus tard, l'Institut de France s'organisait. Un de ses
premiers soins fut de s'occuper de dresser une sorte de bilan des
richesses perdues de la littérature française. On s'inquiéta, entre
autres choses, d'un chant de _Ver-Vert_ intitulé _l'Ouvroir_, qu'on crut
être entre les mains du prince Henri de Prusse. Ce prince, qui, après
avoir montré qu'il était bon capitaine, dut se réfugier dans une
demi-obscurité pour ne pas risquer de trop déplaire à Frédéric II, son
frère, occupait noblement ses loisirs en cultivant les lettres, les arts
et les sciences. Il était un des souscripteurs à la _Correspondance_ de
Grimm. Il s'intéressait particulièrement à Diderot. La lectrice de sa
femme, Mme de Prémontval, dont il sera question dans le roman, avait pu
lui en parler _de visu_. Ce n'est pas cependant par elle, comme l'a cru
l'éditeur Brière, qu'il eut communication de _Jacques le Fataliste_,
puisqu'elle était morte plusieurs années avant que ce livre fût écrit.
Il en possédait une copie au même titre que la vingtaine d'autres
personnes dont parle Mylius. Seulement, il ne se crut pas obligé à la
tenir secrète, et, en réponse à la demande du chant de _Ver-Vert_ qu'il
n'avait pas, il offrit _Jacques le Fataliste_, qu'il avait. Il reçut des
remercîments, et on le pria de mettre à exécution cette louable
intention. Il répondit par cette nouvelle lettre:

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